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Fugitive parce que reine

Publié le 31 janvier 2020

Fugitive parce que reine

L'histoire d'amour inconditionnel entre une mère et ses filles, malgré les fêlures et la maladie. Premier roman.


"Fugitive parce que reine", rien que le titre devrait suffire à vous pousser à ouvrir les pages de ce livre. Il y a tellement de promesse dans ces 4 mots empruntés à un certain Jean-Paul Sartre qu'ils en sont presque une oeuvre à eux tout seul.  J'ai fait rouler ses 4 mots dans ma bouche comme une friandise pendant des semaines avant d'ouvrir le livre retardant ainsi le moment de la découverte pour sentir l'impatience m'envahir. Fugitive parce que reine est un livre qu'on lit en apnée, le souffle coupé par la violence de l'écriture, subjugué par la folie, dévastée par l'amour.
Au début de ma lecture j'ai commencé par cocher quelques pages pour noter quelques citations j'ai bien vite compris mon erreur il aurait fallu copier le livre en entier. Je ne résiste pas pour autant à vous en livrer quelques passages :

Nos amis avaient été, étaient et seraient à jamais nos familles de substitution, nos familles en kit, à monter soi-même.

Et je m’occupe, figure-toi connard, je m'occupe de tes filles par exemple au cas où tu ne serais pas au courant, bien que je n'ai pas leur garde, bien qu'on m'accorde l'aumône de les garder sous mon toit ! Tu veux savoir à quoi je passe mes journées, c'est ça ? Tu veux que je te fasse le déroulé minute par minute ? Mais même les prisonniers ont de plages de liberté où on leur fout la paix ! Je n'ai de comptes à rendre à personne, à aucun d'entre vous, vous m'entendez ? Je ne répondrais pas à vos questions abusives, je ne répondrai pas au harcèlement perpétuel. Je fais ce que je veux, c'est clair ? Je suis majeure et vaccinée et je vous dis merde, tous autant que vous êtes ! Je vais finir par me barrer si ça continue.  Le jour où je me bousillerai, vous irez encore vous demander comment c'est possible, mais pourquoi donc ? Je suis humaine, vous pouvez vous mettre ça dans le crâne une bonne fois pour tourtes ? Je suis un misérable être humain, comme tout le monde, j'ai des failles, des faiblesses, et oui, même des envies parfois, et là j'ai vraiment, mais vraiment envie que vous me foutiez la paix !

Des failles elle en a, cette mère qu'une folie incendiaire habite, elle n'a même que ça. Elle en a tellement qu'on se dit que si les services sociaux avaient mis le quart d’un doigt de pied dans son foyer elle en aurait retiré fissa les deux gamines. Et pourtant, pourtant ce n'est pas le ressentiment qui habite ses filles, ce n'est pas la voix d'une enfant maltraitée qui ose enfin s'élever pour dire un foyer dysfonctionnel. C'est une voix de petite fille qui crie son amour à sa mère.  Alors quoi ? Le syndrome de Stockholm ? Peut-être, ou pas. Parce que ce qui sauve cette mère qui roule sur les trottoirs, trimbale une armoire à pharmacie dans ses poches, picole comme pas deux et jouit d'une sexualité débridée c'est l'amour, le charisme sûrement un peu aussi mais surtout l'amour. C'est l'amour qu'elle porte à ses filles qui la sauve, cette amour qui est parfois la seule chose qui est resté à la surface quand tout foutait le camp. 
Fugitive parce que reine est un très bel hommage à une mère qui fut aussi une femme qu'une folie sauvage habitait. Une séductrice qui aima avec fougue mais jamais la bonne personne ou pas assez longtemps ou pas assez ou trop allez savoir...

Entre la mère et la putain, maman n'avait jamais su choisir. Ce déséquilibre constant perdura par-delà le départ de ses filles et l'avait certainement précédé. La femme vivait ce funambulisme, l'inéluctable funambulisme de son sexe, tant bien que mal, mais maman le vivait surtout mal. Le cul entre deux chaises, elle n'avait jamais réussi à le poser, son si beau cul dont les hommes avaient tant voulu.
 

 

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