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L'art du clip arc-en-ciel

Publié le 14 septembre 2020
Les Ogres de Barback, Bronski Beat et Aloïse Sauvage, vous parlent "luttes LGBT"

Le clip est un art. Acte promotionnel d’un morceau c’est vrai, il devient parfois une œuvre d’art à part entière que l’on peut prendre plaisir à découvrir indépendamment, voire en dépit, du morceau qui l’habille. Nos discothécaires ont fouillé le web et leur mémoire pour vous présenter tous les mois 3 clips à découvrir ou redécouvrir.

Pour la première fois depuis longtemps les LGBTQIA ne défileront pas dans les rues de Paris, drapé.e.s de couleurs vives, porté.e.s par de la musique aux accents de grosse fiesta. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit de défendre les droits d'une minorité, d'exister, de ne plus se cacher dans un monde qui voudrait parfois les laisser sous le tapis. L'art a toujours été un moteur puissant de l'évolution des moeurs d'une société. Que ce soit le gay des années 80 de Bronski Beat, l'OMOWI, gai.e, et décomplexé.e d'Aloïse Sauvage ou le papa gay des Ogres de Barback, voici, avec un peu de retard sur le mois des fiertés, 3 clips engagés à découvrir : un vieux, un jeune et un original.

 

Le pionnier : Smalltown boy, Bronski Beat

Smalltown Boy (1984) est un tube emblématique du groupe anglais Bronski Beat mené par le chanteur Jimmy Somerville. Hit new wave au succès mondial, le morceau et son clip sont devenus cultes pour l’ensemble de la communauté homosexuelle, qui a pu se reconnaître dans l’histoire d’un jeune homme gay obligé de quitter sa petite ville de province car victime d’homophobie. Le récit est autobiographique. Lorsqu’il était jeune, à Glasgow en Ecosse, Jimmy Somerville a subi des violences et des persécutions à cause de son homosexualité. Il a dû fuir à Londres pour y échapper. La vidéo, réalisée par Bernard Rose, relate cette histoire commune à un grand nombre de jeunes homos. Les images montrent le chanteur dans un train qui le transporte vers sa nouvelle vie. Il regarde les paysages défiler et se souvient de ce qui l’a mené là. Ayant montré son intérêt à un garçon, celui-ci et ses amis lui ont tendu un guet-apens et l’ont tabassé. Ramené chez lui par la police, il est forcé d’avouer pourquoi il s’est fait agresser. De victime, il devient alors coupable. Plutôt que de le soutenir, ses parents le poussent à quitter la maison. Devant leur incompréhension et leur rejet, Jimmy n’a pas d’autre choix que de partir. Dans une ville plus grande, plus anonyme, plus tolérante, il pourra peut-être trouver les réponses à ses questions et le bonheur qu’il n’aurait pu trouver chez lui. 
En composant cette chanson au début des années 80, les trois musiciens de Bronski Beat n’imaginaient probablement pas qu’elle deviendrait un hymne pour toute une communauté, et qu’elle le serait encore trente-six ans plus tard. Aujourd’hui, le morceau est encore joué dans les clubs ou durant les prides. Il a même retrouvé une seconde jeunesse en 2017 en étant génialement remixé par Arnaud Rebotini pour le film 120 battements par minute de Robin Campillo (lui permettant au passage de remporter le César de la meilleure musique originale). À leur petite échelle, les paroles et le clip ont peut-être contribué à changer quelques mentalités et faire naître un peu plus de tolérance à l’époque. Malheureusement, l’histoire de ce « smalltown boy » reste encore d’actualité. De nombreux homosexuel.le.s sont violenté.e.s, agressé.e.s, ou persécuté.e.s, et se trouvent forcé.e.s de fuir leur foyer, leur ville, ou même leur pays. La lutte contre l’homophobie est loin d’être achevée, et toutes les armes, même de simples chansons, restent utiles pour combattre.

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Le récent : OMOWI , Aloïse Sauvage

Aloïse Sauvage est la nouvelle sensation de la pop française. À la fois chanteuse, rappeuse, danseuse, circassienne et comédienne, elle a fait de la musique un moyen de réunir toutes ses passions. Douée et authentique, elle s’est affranchie des codes du rap et de la pop pour créer sa propre voie. En résulte Dévorantes, un premier album solaire et addictif, bourré de tubes à l’énergie bouillonnante et communicative. OMOWI est un des titres forts de l’album. Avec son texte très engagé contre l’homophobie, ce tube en puissance est un véritable hymne à la tolérance, qu’on aurait tout à fait imaginé diffusé volume à fond et repris en chœur lors des marches des fiertés de ce mois de juin (si elles avaient pu avoir lieu). Réalisé par le jeune et prometteur Neels Castillon (cf Art du clip précédent : F Major de Hania Rani), le clip est à l’image du morceau. Il respire l’enthousiasme, la bonne humeur, et l’esprit de bande. Aloïse est entourée d’une troupe de jeunes danseurs et danseuses. Hoodies, survêts, et baskets, l’ambiance est à la cool. Sourires espiègles aux lèvres, on se chamaille et on danse dans les rues de Paris. Et plus le clip avance, plus la tribu s’agrandit, comme pour représenter une communauté qui se rassemble et s’unit fièrement. De toute évidence, la chanteuse s’adresse à la communauté LGBTQ+. Le titre d’abord, bien qu’il soit orthographié comme une onomatopée, est plutôt évocateur. Il semble inspiré par les gimmicks des rappeurs. Scandé sur le refrain, il devient carrément un cri de guerre. Puis suivent les paroles, puissantes, bourrées de formules bien senties et de punchlines contre l’intolérance. La Manif pour tous en prend d’ailleurs pour son grade : « Depuis quand le bonheur des autres peut amoindrir le tien ?/Reprends ton souffle et tes pancartes et va marcher plus loin ». Aloïse Sauvage souhaitait écrire un chant collectif, positif et joyeux, qui aide chacun.e à s’assumer, quel.le qu’il/elle soit. Et sans nul doute, c’est réussi. Le clip vient efficacement appuyer son propos en diffusant une énergie rassembleuse et une joie communicative. Il vient d’ailleurs de dépasser les 500 000 vues sur YouTube. Ce n’est certainement que le début du succès pour cette ode à la différence qui porte haut et fort un message de tolérance et de fierté. « L’arc-en-ciel brandi, t’es superbe vas-y ! », tout est dit.

L'original : Jérôme, Les Ogres de Barback

On ne pouvait pas parler de clip pendant un an et ne pas évoquer au moins une fois, ce groupe emblématique de Cergy-Pontoise, que sont les Ogres. Et quoi de mieux que de parler d'eux pour célébrer la diversité, la tolérance, la revendication d'une minorité à l'égalité de droits.

Bien avant 2013 et sa loi sur le mariage pour tous, Noël Mamère célébrait, en toute illégalité, à Bègles, le premier mariage gay. 4 000 lettres d'insultes plus tard, les Ogres. ont jugé utile d'écrire une chanson en réaction à ce déversement de haine. Ainsi naquit Jérôme, une ballade où se mêle la solennité de l'orgue à une mélodie à la légèreté enfantine et naïve. Ce texte sur "Ceux qui n'auront pas de môme" est admirablement porté par la voix chaude et grave de Fred.

7 ans plus tard, le député Olivier Dussopt faisait entrer la chanson à l'Assemblée Nationale au moment des débats sur le mariage pour tous.

Les Ogres de Barback sont connus pour cultiver tout un univers autour de leurs créations et le visuel n'y échappe pas. Le clip de "Jérôme" a la particularité d'être le fruit d'un concours de clips dont le lauréat est Hervé Bery. Son animation aux tons pastel accompagnent pendant presque 5 minutes, Jérôme et son conjoint, à qui les jugements "ne font même plus mal".  Jérôme qui, malgré les insultes, les discriminations, les ghettos fait son petit bonhomme de chemin jusqu'à cet "univers incroyable" où deux hommes peuvent être pères.

Avoir choisi l'angle de la parentalité pour parler d'homosexualité est assez rare dans la chanson même s'ils ne sont pas les seuls à l'avoir fait, "Mon petit mec et moi" des Wriggles est un texte à découvrir si vous ne le connaissez pas encore.

L'art du clip arc-en-ciel : la playlist

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