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L'art du clip spécial confinement

Publié le 29 mai 2020
Queen, Sia, Renan Luce, eux aussi ils sont enfermés.

Le clip est un art. Acte promotionnel d’un morceau c’est vrai, il devient parfois une œuvre d’art à part entière que l’on peut prendre plaisir à découvrir indépendamment, voire en dépit, du morceau qui l’habille. Nos discothécaires ont fouillé le web et leur mémoire pour vous présenter tous les mois 3 clips à découvrir ou redécouvrir.

Chacun à leur manière, qu'il s'agisse des diktats de la société, d'un état passager ou d'être enfermé dans sa tête, les artistes n'ont pas attendu le confinement pour dire tout le plaisir ou le déplaisir qu'il peut y avoir à se retrouver prisonnier de 4 murs. En attendant que notre confinement créé son lot d'oeuvres d'art musicales, littéraires et autres, voici 3 clips qui prennent un tout autre sens dans le contexte que nous vivons actuellement : un vieux, un jeune et un original.

 

Le pionnier : I want to break free, Queen

Sorti en 1984, I want to break free est une des nombreuses chansons cultes du groupe de rock britannique Queen. Le clip est tout aussi culte. Il s’agit d’une parodie d’un célèbre soap-opera britannique Coronation Street dans laquelle les membres du groupe n’ont pas hésité à se travestir en femmes. On les retrouve donc déguisés en femmes au foyer totalement clichés : Freddie Mercury en vamp sexy et provocante en mini-jupe et bas résille, John Deacon en grand-mère ronchonnante derrière son journal, Brian May en chemise de nuit rose et bigoudis, et Roger Taylor en adolescente à couettes et uniforme. Ces quatre Desperate Housewives des années 80 cohabitent dans la même maison, et partagent le même quotidien morose et ennuyeux, cantonnées aux tâches ménagères. 
Emprisonnées entre quatre murs, certaines d’entre elles semblent aspirer à une toute autre vie. En particulier le personnage de Freddie qui clame « Oh how I want to be free ! I want to break free ! » : je voudrais tant être libre, je veux m’évader, me libérer. Son seul échappatoire : le rêve d’une vie plus hédoniste, faite de lumière, de spectacle, d’exhibition et de plaisir. 
Un fantasme illustré par la seconde partie du clip où, après que Freddie ait ouvert la porte du placard (image hautement symbolique !), on découvre le « vrai » groupe sous les feux des projecteurs, entouré par une foule sans visages qui les éclaire de leurs lampes frontales. Puis quatre murs s’effondrent, et Freddie, délivré, devient un faune séducteur qui se livre à une danse érotique où une multitude de corps s’emmêle.  Cette séquence interprétée par le Royal Ballet, est une recréation d'un ballet de Vaslav Nijinsky, L'Après-midi d'un faune, inspiré d'une œuvre de Claude Debussy. La danse prend fin dans un nuage de fumée. Le rêve s’interrompt. « But life still goes on »… Retour brutal à la réalité pour les quatre ménagères prisonnières, pour qui l’heure de la libération n’a pas encore sonnée.
 
Malgré tout l’humour et l’autodérision dont Queen a fait preuve dans ce clip, celui-ci fut jugé choquant et interdit d'antenne aux États-Unis, notamment par la chaîne MTV. Ce boycott sera à l’origine de l’insuccès de la chanson là-bas, et plus généralement des autres disques du groupe selon Brian May. Tant pis pour eux ! Partout ailleurs,  « I want to break free » et son clip deviennent ultra populaires. Leur message de libération, de délivrance,  et d’émancipation, que chacun peut interpréter à sa manière et s’approprier, raisonne dans tous les cœurs depuis. Et tandis qu’une partie du monde est confinée chez soi, le scénario du clip et les paroles de la chanson prennent une toute nouvelle dimension. Enfermés derrière nos murs à nous,  parfois en pyjama rose aussi, nous sommes tous et toutes ces quatre femmes qui voudraient juste pouvoir s’évader ! L'occasion peut-être de relativiser un peu la restriction de nos libertés et de se dire que ce qui durera quelques semaines pour nous a été le quotidien de toute une vie pour de nombreuses femmes à travers les âges et jusqu'à aujourd'hui encore.

Le récent : Chandelier, Sia

Ces derniers jours vous vous êtes peut-être demandés : à quoi ressemblerons-nous à J+50 de confinement ? Dans quel état émotionnel serons-nous après de longues semaines enfermé.e.s chez nous ? Serons-nous toujours aussi sain.e.s d’esprit après tout ce temps sans sorties, après toutes ces heures de télétravail et ces tonnes de devoirs à faire faire aux enfants ? Pas sûr !! Alors que tous les scénarios sont possibles, Sia vous propose de voir un de vos avenirs possibles.
En 2014, la chanteuse australienne sort le single Chandelier pour accompagner son excellent nouvel album "1000 forms of fear".  En plus d’être une véritable pépite pop, cette chanson est habillée d’un clip magnifique qui crée l’événement dès sa sortie. L’action se déroule dans un appartement délabré, austère, quasiment vide, presque à l’abandon. Seule une petite fille semble y habiter. Son justaucorps couleur chair, sa perruque blonde et ses grands yeux bleus lui donnent une allure inquiétante. Son attitude aussi paraît étrange. Elle danse seule dans les différentes pièces de l’appartement. Mais sa chorégraphie semble à la limite de la folie. Elle danse, saute, tournoie, bondit, court, tombe, s’assoit, s’allonge, fait le grand écart… Elle grimace, puis se force à sourire, puis devient inexpressive, puis grimace à nouveau. Devient-elle folle entre ces murs ? Cherche-t’elle à s’en extraire ? Elle est en tout cas submergée d’émotions qu’elle exprime uniquement avec le corps et le visage. Ses mots à elle, c’est son corps qui les dit. Tout comme ses maux, et par extension ceux de Sia. Lorsque la chanteuse parle d’enchainer les verres, la danseuse enchaine les mouvements désarticulés comme un pantin. Lorsque Sia chante qu’elle va tenir le coup au moins pour ce soir, la danseuse se pend aux rideaux et mime un au revoir de la main... Les deux femmes sont subtilement liées. L’une montrant parfois davantage que ce que l’autre confie.  Mais la caméra s’éloigne et la danseuse s’immobilise. On l’abandonne dans cet appartement sans vraiment savoir s’il s’agit d’un refuge ou d’une prison, et si cette danse est l’expression de sa folie ou bien son moyen de survie... Probablement tout ça à la fois. 

Réalisé par Sia et Daniel Askill et chorégraphié par Ryan Heffington, le clip de Chandelier va cumuler plus de 2 milliards de vues sur Youtube, et ainsi révéler au monde entier le talent de la jeune Maddie Ziegler. Elle devient la danseuse-comédienne fétiche de la star. Une version « miniature » d’elle-même en quelque sorte. Maddie reprendra la chorégraphie du clip à plusieurs reprises lors de show TV pendant la promotion du single, et livrera à chaque fois une performance à couper le souffle. On la retrouvera également dans les deux clips suivant : Elastic heart (en compagnie de l’acteur Shia LaBeouf) et Big girls cry qui forment une trilogie avec Chandelier. Plus tard, elle jouera à nouveau dans les clips de Cheap Thrills, The Greatest, Rainbow, et Thunderclouds

L'original : Les voisines, Renan Luce

Réalisé par Pascal Forneri, « Les voisines » est un clip plein d’humour inspiré du film « Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock dans lequel un photographe se retrouve en fauteuil roulant à la suite d'un accident. Ne  pouvant plus sortir de chez lui, le héros, joué par James Stewart, passe son temps à observer ses voisins, dont un qu'il commence à soupçonner de meurtre. Reprenant le même scénario, Renan Luce devient le personnage en fauteuil qui, derrière ses jumelles, ne manque rien des scènes de la vie plus ou moins loufoques de ses voisins d’en face. Et plus particulièrement celles de ses voisines ! 
Outre le fait que l’idée soit originale et qu’elle colle parfaitement aux paroles de la chanson, ce qu’on aime dans ce clip c’est le soin porté à tous les petits détails et accessoires rappelant le film culte d’Hitchcock : les stores vénitiens, le pyjama bleu, les livres, les lampes, la forme des balcons, la façade en brique de l’immeuble, l’aboiement d’un chien, la typographie du générique du début et de fin,… Même la manière de filmer les appartements, en travelling d’une fenêtre à une autre, est un clin d’oeil au long-métrage.  On sent bien que le réalisateur et le chanteur ont pris plaisir à truffer leur vidéo de références, allant même jusqu’à ajouter une scène de (fausse) tentative d’assassinat au couteau sur une femme sous la douche, rappelant la fameuse scène de la douche d’un autre grand classique d’Hitchcock, « Psychose » qu'on ne présente plus. 
A le revoir aujourd’hui, ce clip pourrait tout à fait passer pour la chronique d’un confiné un peu voyeur ! Nous espérons qu’il n’y a pas de Renan Luce qui vous espionne depuis ses fenêtres pour faire passer le temps plus vite, mais pensez tout de même à fermer vos rideaux, juste au cas où !

 

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