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L'art du clip spécial déconfinement

Publié le 14 septembre 2020
Madonna, Vincent Delerm et Hania Rani, vous offre le pire et le meilleur du monde dont vous avez été privé.

Le clip est un art. Acte promotionnel d’un morceau c’est vrai, il devient parfois une œuvre d’art à part entière que l’on peut prendre plaisir à découvrir indépendamment, voire en dépit, du morceau qui l’habille. Nos discothécaires ont fouillé le web et leur mémoire pour vous présenter tous les mois 3 clips à découvrir ou redécouvrir.

Rythme effréné de la vie moderne, montagnes islandaises, plages de sable fin, autant de choses que nous pensions immuables, autant de choses dont nous avons dû nous passer pendant deux mois et demi, autant de choses que donnent à voir ces trois artistes chacun dans un style différent. Alors que nous sommes en semi-déconfinement dans un entre-deux parfois inconfortable, nous voulions vous offrir un peu d'évasion, de nature, de grands espaces, d'immensité, un avant-goût d'océan, de plage et de vacances d'été, un retour à la vie normale…

 

Le pionnier : Ray of light, Madonna

« Ray of light » de Madonna est le deuxième single de l’album éponyme, sorti en 1998. Un album phare des années 90, triomphe commercial et critique, qui a redonné un nouveau souffle à la carrière de la reine de la pop.

Réalisé par Jonas Akerlund, le clip a remporté un Grammy award en 1999. C’est un condensé en accéléré d’une journée dans une métropole (on peut reconnaître New York), du lever du soleil jusqu’à la nuit tombée. Filmée en time lapse (en image par image puis en ultra-accéléré), la vidéo montre le rythme quotidien effréné de notre société moderne et hyperactive. Trajets en voitures, embouteillages, couloirs du métro, piétons, écoliers, trottoirs bondés, avions, café, cours de la Bourse, cours de récré, fast-foods, hamburgers, shopping, supermarchés, golf, bowling, salles de sport, émissions TV, laveries, épiceries, bars, boîtes de nuit, … On assiste au portrait vertigineux, presque épileptique, d’un monde continuellement en mouvement. Une fourmilière toujours en action. Les activités banales du quotidien s’enchaînent dans une course folle. Les heures, et la vie, défilent en un clin d’oeil, « quicker than a ray of light ».

Toutes ces séquences qui se déroulent sous nos yeux, c’est aussi le panorama d’à peu près tout ce qu’il nous était interdit de faire pendant la période de confinement. À l’heure d’un retour progressif à la normale, les villes se réaniment petit à petit. La vie habituelle reprend son cours, avec ses avantages et ses inconvénients. Les gens retrouvent une partie de cette routine quotidienne, qui leur manquait ou non. Bientôt nos vies ressembleront de nouveau à ce défilé d’images à 100 à l’heure. Mais en a-t-on seulement envie ? Cette « slow-life » imposée par le confinement n’avait-elle pas aussi de nombreuses vertus ? Ne serait-il pas bénéfique à la fois pour l’homme, pour la nature, et pour la planète, de ralentir ne serait-ce qu’un peu ? Entre cadence infernale et rythme de vie plus tranquille, l’occasion nous est peut-être donnée aujourd’hui de se trouver, ou même de s’inventer, un juste milieu.

Le récent : Vie Varda, Vincent Delerm

Pendant le confinement, les plages françaises ont été interdites d’accès, tout comme les parcs, forêts et jardins. A l’heure du déconfinement et après de longs débats, elles sont à nouveau accessibles au public. Sous conditions certes, mais accessibles. Et cette belle nouvelle doit en ravir plus d’un.e. Car s’il y a un élément capable de dépayser en quelques minutes,  c’est bien l’océan. S’il y a un paysage capable de tout faire oublier, c’est bien le bleu mêlé au sable fin. S’il y a une musique capable d’emporter loin c’est bien celle du va-et-vient des vagues.

En mettant à l’honneur l’océan et la plage dans son clip « Vie Varda » sorti l’an dernier, Vincent Delerm ne se doutait certainement pas que ses images donneraient l’eau à la bouche aux déconfiné.e.s qui tomberaient dessus ces derniers jours. Et pourtant, rien de grandiose ici. Et encore moins d’artifices. Juste une plage déserte, une forêt paisible, des dunes, des vagues, une main qui caresse le sable fin… Des plaisirs simples, mais qui peuvent manquer grandement à qui en est privé.e. Et d’autant plus lorsqu’ils sont sublimés par la caméra sensible et délicate du chanteur, qui a réalisé ce clip avec toute la simplicité et toute la sobriété qui le caractérisent. Doué pour la photographie, il offre une succession de cadrages magnifiques sur autant de petits détails chers aux paysages marins : tantôt un drapeau flottant dans le vent, tantôt un beau ciel de traîne, tantôt une ombre sur le sable, tantôt une enseigne d’hôtel, tantôt une chaise renversée, tantôt des gouttes de pluie sur un rebord de fenêtre.

Tourné sur une plage du Cap-Ferret, ce clip habille à merveille cette chanson hommage à la cinéaste Agnès Varda, qui a elle aussi célébré les plages en revenant sur celles qui ont marqué sa vie dans le documentaire « Les plages d’Agnès ». La chanson fait également l’éloge des petits bonheurs simples d’ « une vie hors compétition », et Delerm le met en scène à la perfection en partageant ce moment suspendu et poétique dans un décor familier et habituellement facile d’accès.

Il va falloir encore un peu de patience avant de pouvoir (re)vivre pleinement ces instants. En attendant, on ne refusera pas une balade sur la plage par procuration, à l’heure où ce n’est plus tout à fait interdit mais pas encore tout à fait possible non plus.

Si ce clip de Vincent Delerm ​​​​​vous touche, nous vous recommandons chaudement son film documentaire « Je ne sais pas si c’est tout le monde » (2019), qui est tout aussi beau, doux et sensible. Des acteurs (Jean Rochefort, Vincent Dedienne), des chanteurs (Alain Souchon, Aloïse Sauvage), et des anonymes, y parlent de leur expérience du temps qui passe. L’émotion prégnante, les cadrages soignés, la musique superbe, font de ce film une œuvre à part, presque une œuvre d’art.

L'original : F major, Hania Rani

Hania Rani est une jeune compositrice polonaise. Avec ses mélodies romantiques et atmosphériques à la beauté saisissante, elle fait figure de grand espoir de la scène néo-classique, aux côtés de Max Richter, Jóhann Jóhannsson et Ólafur Arnalds. Des noms prestigieux auxquels la musicienne n’a pas grand-chose à envier tant son doux piano mélancolique et minimaliste terrasse dès les premières notes.

Terrassant, c’est aussi le terme qui convient pour décrire le magnifique clip illustrant son morceau « F major ». La musicienne et son piano se trouvent au milieu des montagnes d’Islande baignées par la mer. Un paysage presque irréel où le froid semble glacial, où le sable s’envole au gré du vent, et où les sommets enneigés se reflètent sur la mer, brillante sous la douce lumière du soleil couchant. La musique semble flotter au milieu de cette immensité. Frissons. Trois danseuses apparaissent tour à tour dans ce décor épuré. Elles déambulent et se confondent au rythme du piano. Leur chorégraphie respire la liberté, la sensibilité et la poésie. Le spectacle est hypnotisant.

Réalisé par Neels Castillon, ce clip est à la fois une splendeur et une performance artistique puisque filmé en plan-séquence, c’est-à-dire d’une seule prise, sans coupes. Grace à ce procédé immersif, le spectateur est plongé au pied de ces montagnes islandaises. Il peut presque sentir le froid sur la peau, le souffle du vent dans les cheveux et le sable frapper le visage. Le plan-séquence renforce également cette sensation de liberté de mouvement et de fluidité qui colle parfaitement à la musique d’Hania Rani. Il donne aussi une impression de temps réel à ces images paradoxalement hors-du-temps.

Après deux mois de confinement, rien de tel que ce joyau qui emporte loin, très loin. Là où règnent la grâce, la poésie, et la beauté pure.

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