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Teruhisa Suzuki

Publié le 21 janvier 2021

Du 2 novembre 2020 au 30 janvier 2021 la Maison des Arts de Cergy-Pontoise expose 7 artistes du GRAP'S d'Auvers-sur Oise autour de la thématique "souffle(s)".

Un prolongement virtuel de cette exposition vous est proposé : Voici une vision de souffle(s) de Teruhisa Suzuki

 

Teruhisa nous parle de lui et de sa démarche artistique: 

Je suis né au Japon dans la ville de Shizuoka en 1956. La culture de ma région nâtive est marquée par la présence du mont Fuji et celle de grandes vagues marines, deux thèmes qui ont amené Hokusaï à venir y séjourner longuement. Je me suis intéressé aux arts plastiques grâce à la fréquentation d’un oncle qui m’a fait découvrir la gravure sur bois et les métiers d’art. Enfant, j’ai eu l’occasion de participer à des concours et à l’occasion de l’un d’eux j’ai gagné un livre d’histoire de l’art qui m’a permis de découvrir, entres autres, l’Impressionnisme. Plus tard j’ai obtenu le diplôme de l’école des beaux-arts de Tokyo et poursuivi un cycle de deux années de recherche. Dans ce cadre j’ai concouru pour l’obtention d’une bourse d’études en France afin d'approfondir mes connaissances en histoire de l’art.

Lors de ma dernière année d’étude à Tokyo j’ai eu un grave accident de moto qui m’a immobilisé plusieurs mois. Au cours de cette convalescence mon intérêt pour la pratique picturale s’est ouverte à d’autres formes d’expression et s’est centrée sur la question de la nature et celle de la lumière.

Lors d’une première période en France j’ai occupé différents ateliers à Paris et conçu des installations à partir de collectes d’objets du quotidien (1982-87). Le besoin de vivre dans des espaces naturels m’a fait rechercher un lieu en dehors de Paris. Grace à des amis j’ai pu trouver un logement à Auvers-sur-Oise où j’ai habité un chalet isolé dans un bois une dizaine d’années. C’est là que j’ai commencé à réaliser de grandes installations éphémères avec des éléments naturels et la lumière du jour ou obtenue grâce au feu, des bougies et des photophores (1987-1997). Depuis j’occupe un atelier à Ermont où j’ai commencé l'expérimentation de propositions avec des formes organiques et le principe du sténopé.

Je m'inspire le plus souvent de formes statiques comme les coquilles d'escargot et d'oursin, ou de formes dynamiques comme celle de la tornade ou de la vague. La question de l'énergie et de ses conversions est transversale. Elle se manifeste directement lorsque l'installation fait référence à la matière en mouvement - l’air avec la tornade ou l’eau avec la vague - et indirectement par l'usage de formes spiralées, de la lumière et des matériaux biodégradables qui indexent la notion de biomasse. L’idée d’énergie s’associe ainsi à celle de matière : chaque œuvre pourrait être pensée comme la matérialisation éphémère d’un cycle où se combinent une forme d’énergie et des matériaux.

Ces dernières années mon activité s’est resserrée sur la problématique de la lumière articulée à celle de l’environnement. Cette lumière peut être directe, tamisée ou encore captée par des sténopé utilisés comme métaphore des organes sensoriels. Il s’agit régulièrement pour moi de proposer aux visiteurs des abris constitués avec les ressources disponibles sur place, à partir desquels ils ont la possibilité de vivre une expérience sensible en lien avec l’idée du vivant. Ces installations, pensées et réalisées en accord avec les contextes de présentation, engagent le visiteur dans un dialogue entre la perception qu’il a de ce qui serait naturel et sa perception de l'activité humaine ; cela principalement par le biais de la lumière et sa captation par des écrans de papier (principe du sténopé). Lorsque l'installation s’organise autour de la constitution d’un abri, le visiteur qui s'y installe peut observer les images vacillantes et inversées de ce qui l’entoure ; je lui propose de se mettre dans la peau d’un être vivant qui capte des informations multiples - la lumière et les couleurs, la chaleur et le froid, le mouvement ou encore les caresses du vent - et qui les interprète à l’aide d’organes qui ne conservent pas la totalité des données ou bien les transforment selon les circonstances.

Lorsqu'elle est constituée d'un assemblage de micro-sténopé, l'installation place le visiteur dans la position de l'observateur immobile plongé dans un environnement démultiplié, dont la lumière sans cesse renouvelée invite à ouvrir et à interroger ses propres perceptions : qu’est-ce que je vois, qu’est-ce que je perçois, d’où vient cette lumière et ses couleurs, que représente/signifie-t-elle ? Pourquoi frissonne-t-elle, qui l’interprète, moi ou l’installation elle-même ? Alors qu’un environnement devient banal et perd ses singularités pour la personne qui le parcoure régulièrement, il se réactualise dans le questionnement perceptif déclenché par le filtre de l’installation pensé tel capteur polyvalent.

Si j'interviens dans les environnements naturels préservés ou marqués par des événements naturels ou technologiques, je conçois également des interventions dans les espaces urbains. En effet, un arbre planté dans la ville n'est jamais que le symbole d'une nature asservie et interchangeable selon les besoins d'aménagement des services urbains. Que reste-t-il de sa croissance, des agressions qu'il subit et de ce qu'il retient de son environnement artificiel ?

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